Les dangers de l'automédication : pourquoi consulter un professionnel

Les dangers de l'automédication : pourquoi consulter un professionnel

L'automédication comporte des risques importants. Découvrez pourquoi il est essentiel de consulter un professionnel de santé.

9 février 2026
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Les dangers de l'automédication : pourquoi consulter un professionnel

L'automédication désigne la pratique qui consiste à utiliser des médicaments sans prescription médicale pour traiter des symptômes perçus. Cette pratique s'est largement répandue dans nos sociétés modernes, facilitée par l'accès facile aux médicaments en vente libre et aux informations médicales sur internet. En Belgique, jusqu'à 30 % des hospitalisations des personnes âgées résultent d'une utilisation inappropriée de médicaments (RTBF, 2024). Cette statistique alarmante souligne l'importance de comprendre les risques associés à l'automédication et la nécessité de consulter des professionnels de santé qualifiés.

L'automédication : une pratique courante mais risquée

L'automédication concerne principalement les médicaments disponibles sans ordonnance, tels que les antalgiques, les anti-inflammatoires, les médicaments contre le rhume et certains troubles digestifs. Toutefois, elle s'étend parfois à l'utilisation de médicaments prescrits antérieurement pour d'autres problèmes de santé, ou même à l'emprunt de médicaments à des proches. Cette dernière pratique s'avère particulièrement dangereuse car elle ignore totalement les spécificités individuelles de chaque patient.

La facilité d'accès aux médicaments en vente libre crée une illusion de sécurité. De nombreuses personnes considèrent que si un médicament est disponible sans ordonnance, il ne présente aucun danger. Cette croyance erronée conduit à une banalisation de l'acte médicamenteux et à une sous-estimation des risques potentiels. Un médicament, même en vente libre, reste une substance active qui peut provoquer des effets indésirables et interagir avec d'autres traitements.

L'automédication pour les troubles psychologiques représente un danger particulier. Certaines personnes utilisent l'alcool, le cannabis ou d'autres substances psychoactives pour gérer leur anxiété, leur dépression ou leur insomnie. Cette forme d'automédication, souvent désignée par le terme anglo-saxon "self-medication", masque les symptômes sans traiter les causes sous-jacentes et peut conduire à une dépendance (National Center for Biotechnology Information, 2005).

Les risques majeurs de l'automédication

Le surdosage constitue l'un des risques les plus fréquents de l'automédication. De nombreux médicaments en vente libre contiennent du paracétamol, un antalgique efficace mais potentiellement toxique pour le foie à doses élevées. Une personne qui prend simultanément plusieurs médicaments contre le rhume, la grippe ou la douleur peut facilement dépasser la dose maximale recommandée sans s'en rendre compte. Le surdosage en paracétamol représente une urgence médicale qui peut entraîner une insuffisance hépatique grave, voire mortelle (Pasteur Lille, 2022).

Les allergies médicamenteuses représentent un autre danger important. Une personne peut développer une réaction allergique à un médicament qu'elle prend pour la première fois, allant d'une simple éruption cutanée à un choc anaphylactique potentiellement mortel. Sans supervision médicale, ces réactions peuvent ne pas être reconnues à temps et le traitement approprié peut être retardé. Le pharmacien joue un rôle essentiel dans le dépistage des allergies connues, mais il ne peut le faire que si le patient l'informe correctement de son historique médical (Réseau SAM, 2022).

L'absence de diagnostic médical avéré constitue peut-être le risque le plus insidieux de l'automédication. Les symptômes que nous percevons peuvent avoir de multiples causes, certaines bénignes, d'autres graves. Un mal de tête persistant peut résulter d'une simple tension musculaire, mais aussi signaler une hypertension artérielle, une tumeur cérébrale ou un anévrisme. En traitant uniquement le symptôme sans en identifier la cause, l'automédication peut masquer une maladie grave et retarder dangereusement sa prise en charge (E-Hospital, 2025).

Les interactions médicamenteuses représentent un danger particulièrement sournois. De nombreux médicaments en vente libre interagissent avec des traitements prescrits, modifiant leur efficacité ou augmentant leurs effets secondaires. Par exemple, l'aspirine et les anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent augmenter le risque de saignement chez les personnes prenant des anticoagulants. Le millepertuis, un antidépresseur naturel en vente libre, diminue l'efficacité de nombreux médicaments, notamment les contraceptifs oraux et certains traitements contre le cancer (Sciencedirect, 2021).

Les populations particulièrement vulnérables

Les personnes âgées constituent une population particulièrement vulnérable face aux dangers de l'automédication. Avec l'âge, le métabolisme des médicaments se modifie, la fonction rénale diminue et la sensibilité aux effets secondaires augmente. De plus, les personnes âgées prennent souvent plusieurs médicaments prescrits, ce qui multiplie les risques d'interactions. La polymédication, définie comme la prise simultanée de cinq médicaments ou plus, concerne une proportion importante des seniors et augmente considérablement le risque d'effets indésirables (Plus Magazine, 2025).

Les femmes enceintes et allaitantes doivent éviter toute automédication. De nombreux médicaments, même en vente libre, peuvent traverser la barrière placentaire ou passer dans le lait maternel, affectant potentiellement le développement du fœtus ou du nourrisson. Certains médicaments considérés comme sûrs pour la population générale présentent des risques importants pendant la grossesse. Seul un médecin peut évaluer le rapport bénéfice-risque d'un traitement médicamenteux chez une femme enceinte ou allaitante.

Les enfants nécessitent une attention particulière en matière de médication. Leur organisme en développement réagit différemment aux médicaments que celui des adultes. Les dosages doivent être adaptés au poids et à l'âge de l'enfant, et certains médicaments sont contre-indiqués chez les jeunes enfants. L'automédication chez l'enfant peut entraîner des conséquences graves, notamment le syndrome de Reye associé à l'utilisation d'aspirine lors d'infections virales.

Les personnes souffrant de maladies chroniques, telles que le diabète, l'hypertension, les maladies cardiovasculaires ou les troubles hépatiques ou rénaux, doivent éviter l'automédication. Leur condition médicale modifie la façon dont leur organisme traite les médicaments et augmente le risque d'interactions dangereuses. Un médicament en vente libre apparemment anodin peut déséquilibrer une maladie chronique bien contrôlée par un traitement prescrit (Livi, 2024).

L'automédication dans les troubles psychologiques

L'automédication pour gérer les troubles psychologiques mérite une attention particulière. De nombreuses personnes utilisent l'alcool pour réduire leur anxiété, améliorer leur sommeil ou oublier leurs problèmes. Cette pratique, bien qu'apportant un soulagement temporaire, aggrave à long terme les troubles anxieux et dépressifs. L'alcool perturbe l'architecture du sommeil, altère l'humeur et peut conduire à une dépendance physique et psychologique.

Le cannabis est parfois utilisé en automédication pour traiter l'anxiété, la dépression ou les troubles du sommeil. Bien que certaines personnes rapportent des effets bénéfiques à court terme, les recherches montrent que l'utilisation régulière de cannabis peut aggraver les symptômes dépressifs et anxieux, altérer la motivation et les fonctions cognitives, et augmenter le risque de développer des troubles psychotiques chez les personnes vulnérables (American Addiction Centers, 2025).

Les stimulants, tels que la caféine à haute dose ou certaines substances illicites, sont parfois utilisés pour combattre la fatigue ou améliorer les performances. Cette pratique masque les signaux d'alarme du corps et peut conduire à l'épuisement physique et psychologique. De plus, l'utilisation régulière de stimulants peut provoquer de l'anxiété, des troubles du sommeil et des problèmes cardiovasculaires.

Les médicaments prescrits pour des troubles psychologiques, tels que les anxiolytiques ou les antidépresseurs, sont parfois partagés entre proches ou utilisés de manière inappropriée. Cette pratique s'avère extrêmement dangereuse car ces médicaments nécessitent une prescription individualisée, une surveillance médicale régulière et un ajustement progressif des doses. L'arrêt brutal de certains psychotropes peut provoquer un syndrome de sevrage grave (Gateway Foundation, 2024).

Le rôle du pharmacien dans la prévention

Le pharmacien constitue un acteur essentiel dans la prévention des risques liés à l'automédication. En tant que professionnel de santé accessible sans rendez-vous, il représente souvent le premier interlocuteur des personnes souhaitant se soigner seules. Son rôle ne se limite pas à la délivrance de médicaments, mais inclut le conseil pharmaceutique, l'évaluation de la pertinence de l'automédication et l'orientation vers un médecin si nécessaire.

Lors d'une demande de médicament en vente libre, le pharmacien pose des questions sur les symptômes, leur durée, leur intensité et les traitements déjà essayés. Il s'enquiert également des antécédents médicaux, des allergies connues et des autres médicaments pris par le patient. Cette anamnèse pharmaceutique permet d'identifier les situations où l'automédication présente des risques et où une consultation médicale s'impose (Réseau SAM, 2022).

Le pharmacien informe le patient sur le bon usage du médicament délivré, notamment la posologie, la durée de traitement recommandée, les effets secondaires possibles et les signes d'alerte nécessitant une consultation médicale. Il vérifie également la compréhension du patient et s'assure qu'il pourra suivre correctement le traitement. Cette éducation thérapeutique contribue à réduire les risques de mésusage et d'effets indésirables.

Le pharmacien joue également un rôle de vigie sanitaire. Il peut détecter des situations de surconsommation, de dépendance ou d'utilisation inappropriée de médicaments. Dans ces cas, il oriente le patient vers son médecin traitant ou vers des structures spécialisées. Cette fonction de repérage précoce des problèmes de santé contribue à améliorer la prise en charge des patients.

Les situations nécessitant impérativement une consultation médicale

Certains symptômes nécessitent toujours une consultation médicale et ne doivent jamais faire l'objet d'automédication. Les douleurs thoraciques, particulièrement si elles irradient vers le bras gauche ou la mâchoire, peuvent signaler un infarctus du myocarde et constituent une urgence vitale. Les maux de tête soudains et intenses, surtout s'ils s'accompagnent de raideur de la nuque, de fièvre ou de troubles de la conscience, peuvent indiquer une méningite ou une hémorragie cérébrale.

Les symptômes persistants ou qui s'aggravent malgré l'automédication nécessitent une évaluation médicale. Une toux qui dure plus de trois semaines, une diarrhée persistante, des douleurs abdominales récurrentes ou une fatigue inexpliquée peuvent révéler des pathologies sous-jacentes nécessitant un diagnostic précis et un traitement adapté. Retarder la consultation médicale dans ces situations peut permettre à une maladie de progresser et compliquer sa prise en charge ultérieure (RTBF, 2024).

Les symptômes nouveaux ou inhabituels chez une personne souffrant d'une maladie chronique requièrent toujours un avis médical. Un diabétique qui développe des douleurs aux pieds, un hypertendu qui présente des vertiges ou un asthmatique dont les symptômes s'aggravent ne doivent pas se contenter d'automédication. Ces nouveaux symptômes peuvent signaler une complication de la maladie chronique ou l'apparition d'une nouvelle pathologie.

Les troubles psychologiques, tels que l'anxiété persistante, la tristesse prolongée, les idées suicidaires ou les troubles du sommeil chroniques, nécessitent une prise en charge professionnelle. L'automédication, qu'elle implique des substances légales ou illégales, ne fait que masquer temporairement les symptômes sans traiter les causes profondes. Un psychologue ou un psychiatre peut proposer des traitements efficaces, qu'ils soient psychothérapeutiques ou médicamenteux, adaptés à chaque situation (Mind Body Counseling, 2025).

Comment éviter les pièges de l'automédication

Pour éviter les dangers de l'automédication tout en bénéficiant de ses avantages dans les situations appropriées, plusieurs règles doivent être respectées. Premièrement, l'automédication ne devrait concerner que des symptômes bénins, bien identifiés et de courte durée. Les affections mineures telles qu'un rhume banal, une légère douleur musculaire ou un mal de tête occasionnel peuvent justifier une automédication prudente.

Deuxièmement, la durée de l'automédication doit rester limitée. Si les symptômes persistent au-delà de quelques jours malgré le traitement, ou s'ils s'aggravent, une consultation médicale s'impose. Cette règle permet d'éviter de masquer une pathologie plus grave nécessitant un diagnostic et un traitement spécifiques.

Troisièmement, il convient de toujours lire attentivement la notice du médicament avant de le prendre. La notice contient des informations essentielles sur les contre-indications, les interactions médicamenteuses, la posologie et les effets secondaires. Respecter scrupuleusement les recommandations de la notice réduit considérablement les risques d'effets indésirables (France Info, 2026).

Quatrièmement, en cas de doute, il faut systématiquement demander conseil au pharmacien. Ce professionnel de santé possède les connaissances nécessaires pour évaluer la pertinence de l'automédication dans une situation donnée et orienter vers un médecin si nécessaire. Ne jamais hésiter à poser des questions au pharmacien, même si elles semblent basiques.

Cinquièmement, il est essentiel d'informer son médecin et son pharmacien de tous les médicaments pris, y compris ceux en vente libre, les compléments alimentaires et les produits de phytothérapie. Cette information permet aux professionnels de santé d'identifier les risques d'interactions et d'adapter les traitements prescrits en conséquence.

Conclusion

L'automédication, bien que pratique et parfois appropriée pour des affections mineures, comporte des risques importants qui ne doivent pas être sous-estimés. Le surdosage, les allergies, les interactions médicamenteuses, le masquage de pathologies graves et le retard de diagnostic constituent des dangers réels qui peuvent avoir des conséquences graves sur la santé. Les populations vulnérables, notamment les personnes âgées, les femmes enceintes, les enfants et les personnes souffrant de maladies chroniques, doivent faire preuve d'une prudence particulière. L'automédication pour gérer des troubles psychologiques s'avère particulièrement dangereuse et inefficace à long terme. Le pharmacien joue un rôle essentiel dans la prévention des risques liés à l'automédication, mais ne peut remplacer une consultation médicale lorsqu'elle s'avère nécessaire. En respectant quelques règles simples et en consultant un professionnel de santé en cas de doute, il est possible de bénéficier des avantages de l'automédication tout en minimisant ses risques. La santé mérite toujours qu'on lui accorde l'attention d'un professionnel qualifié.

Références

American Addiction Centers. (2025). Are You Self-Medicating Using Substance, Drugs or Alcohol? https://americanaddictioncenters.org/adult-addiction-treatment-programs/self-medicating

E-Hospital. (2025). Les Dangers de l'Automédication et Comment les Éviter. https://e-hospitals.io/blog/les-dangers-de-lautomedication-et-comment-les-eviter-1753273220

France Info. (2026). Automédication : "Ce n'est pas la molécule qui est dangereuse, mais la façon dont on l'utilise". https://www.franceinfo.fr/replay-radio/c-est-ma-sante-conseils/automedication-ce-n-est-pas-la-molecule-qui-est-dangereuse-mais-la-facon-dont-on-l-utilise-previent-un-professeur-de-pharmacie-clinique_7734169.html

Gateway Foundation. (2024). Dangers of Self-Medication. https://www.gatewayfoundation.org/blog/dangers-of-self-medication/

Livi. (2024). Quels sont les risques de l'automédication ? https://www.livi.fr/automedication/

Mind Body Counseling. (2025). The Dangers of Self-Medication: Understanding the Risks. https://mindbodycounselingreno.com/blog/psychiatric-medication-management/dangers-of-self-medication/

National Center for Biotechnology Information. (2005). Self-Medication of Mental Health Problems: New Evidence from a National Survey. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC1361129/

Pasteur Lille. (2022). Se soigner seul : les risques et dangers de l'automédication. https://pasteur-lille.fr/2022/06/30/se-soigner-seul-les-risques-et-dangers-de-lautomedication-automedication-regles-pour-ne-pas-se-mettre-en-danger/

Plus Magazine. (2025). Surmédication : les dangers et signaux d'alerte à ne pas ignorer. https://www.plusmagazine.be/fr/sante/les-dangers-de-la-surmedication/

Réseau SAM. (2022). Focus : L'automédication, un risque à mesurer. https://www.reseau-sam.be/fr/sam-conseil/focus-lautomedication-un-risque-a-mesurer

RTBF. (2024). Se soigner tout seul : quels sont les risques de l'automédication. https://www.rtbf.be/article/automedication-quels-sont-les-risques-11447486

Sciencedirect. (2021). Self-medication with psychotropic drugs and mental health during COVID-19. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2590250421000119