La dépression saisonnière : quand l'hiver affecte l'humeur

La dépression saisonnière : quand l'hiver affecte l'humeur

Comprenez la dépression saisonnière, ses symptômes caractéristiques et les traitements efficaces pour traverser les mois d'hiver.

9 février 2026
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La dépression saisonnière : comprendre et traiter

Introduction

La dépression saisonnière, également désignée sous l'appellation de trouble affectif saisonnier (TAS), constitue une forme de dépression récurrente qui se manifeste généralement à des périodes spécifiques de l'année. Ce phénomène, souvent associé à une diminution de l'exposition à la lumière naturelle, affecte un nombre significatif d'individus, particulièrement dans les régions où les variations saisonnières de luminosité sont prononcées. En Belgique, et plus spécifiquement en Wallonie, cette problématique de santé mentale revêt une importance particulière en raison des conditions climatiques hivernales caractérisées par un ensoleillement réduit. Cet article se propose d'explorer les mécanismes sous-jacents à la dépression saisonnière, d'en détailler les manifestations cliniques, et de présenter les approches thérapeutiques et préventives disponibles, en intégrant une perspective contextualisée pour la population belge et wallonne.

Développement

Comprendre la dépression saisonnière

Le trouble affectif saisonnier se distingue de la dépression majeure par sa périodicité. Les symptômes apparaissent et disparaissent à peu près aux mêmes moments chaque année, le plus souvent à l'automne ou en hiver, et s'estompent au printemps ou en été. Cette cyclicité suggère une forte corrélation avec les changements environnementaux, notamment la diminution de la durée du jour et de l'intensité lumineuse [1].

Plusieurs facteurs physiologiques sont impliqués dans l'étiologie du TAS. La lumière naturelle joue un rôle prépondérant dans la régulation de l'horloge biologique interne, ou rythme circadien, qui contrôle les cycles veille-sommeil, la température corporelle et la sécrétion hormonale. Une exposition insuffisante à la lumière peut perturber ce rythme, entraînant des déséquilibres neurochimiques. La sérotonine, un neurotransmetteur impliqué dans la régulation de l'humeur, de l'appétit et du sommeil, voit sa production diminuer en cas de faible luminosité. À l'inverse, la mélatonine, l'hormone du sommeil, est produite en plus grande quantité en l'absence de lumière, ce qui peut provoquer une somnolence excessive et une léthargie [1]. Des recherches supplémentaires ont mis en évidence que la désynchronisation entre le rythme circadien et le cycle lumière-obscurité externe peut exacerber les symptômes dépressifs, soulignant l'importance d'une synchronisation adéquate pour le bien-être mental [4].

Des études suggèrent également une prédisposition génétique au TAS, indiquant que certaines personnes pourraient être plus vulnérables à ces déséquilibres saisonniers [1]. Les femmes sont par ailleurs plus fréquemment touchées que les hommes, et les antécédents familiaux de dépression augmentent le risque de développer un TAS [1]. Des facteurs environnementaux, tels que la latitude géographique, jouent aussi un rôle significatif, les populations vivant dans des régions à faible ensoleillement hivernal étant plus exposées [5].

Symptômes et diagnostic

Les manifestations cliniques de la dépression saisonnière partagent des similitudes avec celles de la dépression classique, mais présentent aussi des spécificités. Parmi les symptômes les plus couramment observés figurent :

  • Une baisse d'humeur persistante : tristesse, irritabilité, sentiment de désespoir.
  • Une perte d'intérêt pour les activités habituellement appréciées.
  • Une fatigue chronique et un manque d'énergie (asthénie).
  • Des troubles du sommeil : hypersomnie (sommeil excessif) ou, plus rarement, insomnie.
  • Des modifications de l'appétit : augmentation de l'appétit, particulièrement pour les glucides, pouvant entraîner une prise de poids.
  • Des difficultés de concentration et de prise de décision.
  • Un repli social et une diminution de la libido.

Pour établir un diagnostic de TAS, il est nécessaire que ces symptômes se manifestent de manière récurrente pendant au moins deux années consécutives, à la même période de l'année, et qu'ils s'atténuent ou disparaissent complètement durant les autres saisons [1]. Il est essentiel de distinguer le TAS d'un simple "blues hivernal" ou d'une déprime passagère, qui sont des réactions plus légères aux changements saisonniers. Le diagnostic différentiel est fondamental pour orienter vers une prise en charge adaptée, car les conséquences d'un TAS non traité peuvent être significatives, affectant la vie professionnelle, sociale et personnelle des individus [6].

Contexte belge et wallon

En Belgique, la prévalence de la dépression saisonnière est estimée à environ 6 % de la population, avec une sensibilité au manque de lumière hivernal touchant près de la moitié des habitants [2]. La Wallonie, caractérisée par des hivers souvent gris et un ensoleillement réduit, présente un environnement propice à l'émergence de ce trouble. Des études menées par l'IWEPS (Institut Wallon de l'Évaluation, de la Prospective et de la Statistique) mettent en lumière des disparités territoriales et individuelles en matière de santé mentale en Wallonie. Ces recherches soulignent que certaines communes cumulent des besoins élevés en santé mentale et une offre de soins limitée, tandis que des vulnérabilités individuelles, telles que l'isolement social et les difficultés financières, sont fortement associées à une moins bonne santé mentale [3]. Ces données, bien que ne se concentrant pas spécifiquement sur le TAS, fournissent un cadre pertinent pour comprendre les défis de la santé mentale dans la région et l'importance d'une approche contextualisée. La prise en compte de ces spécificités régionales est indispensable pour développer des stratégies de prévention et de traitement efficaces, adaptées aux réalités locales [7].

Implications pratiques

La gestion de la dépression saisonnière repose sur une combinaison d'approches préventives et curatives. L'objectif est d'atténuer les symptômes et d'améliorer la qualité de vie des personnes affectées.

Prévention

Plusieurs mesures peuvent être adoptées pour prévenir l'apparition ou limiter l'intensité des symptômes du TAS :

  • Exposition à la lumière naturelle : Passer du temps à l'extérieur, particulièrement en matinée, permet de maximiser l'exposition à la lumière du jour, même par temps couvert. Une promenade quotidienne d'au moins 30 minutes peut s'avérer bénéfique [1]. L'intégration de cette pratique dans la routine quotidienne peut aider à resynchroniser l'horloge biologique et à stimuler la production de sérotonine.
  • Activité physique régulière : L'exercice physique, idéalement en extérieur, contribue à améliorer l'humeur et à réduire le stress. Il favorise également un meilleur sommeil [1]. Des activités telles que la marche rapide, le jogging ou le cyclisme sont particulièrement recommandées pour leurs effets bénéfiques sur la santé mentale et physique.
  • Alimentation équilibrée : Une alimentation riche en magnésium, vitamine D et acides gras oméga-3 peut soutenir la santé mentale. La vitamine D, souvent déficiente en hiver, joue un rôle dans la régulation de l'humeur. Les oméga-3, présents dans les poissons gras, sont reconnus pour leurs effets bénéfiques sur le cerveau [1]. Une diète méditerranéenne, riche en fruits, légumes et céréales complètes, est également associée à une meilleure santé mentale [8].
  • Gestion du sommeil : Maintenir un horaire de sommeil régulier et assurer une durée de sommeil suffisante, sans excès, est essentiel pour réguler les rythmes circadiens [1]. La création d'un environnement propice au sommeil, avec une chambre sombre, calme et fraîche, peut améliorer la qualité du repos.
  • Soutien social : Maintenir des liens sociaux et éviter l'isolement peut aider à contrer les sentiments de tristesse et de solitude souvent associés au TAS. La participation à des activités de groupe ou le maintien de contacts réguliers avec l'entourage sont des stratégies efficaces [9].

Traitements

Lorsque les symptômes sont plus prononcés et impactent significativement le quotidien, des traitements spécifiques peuvent être envisagés :

  • Luminothérapie : Cette approche consiste à s'exposer quotidiennement à une lumière artificielle de forte intensité, simulant la lumière naturelle. La luminothérapie est reconnue comme un traitement efficace du TAS, agissant sur la régulation de la sérotonine et de la mélatonine [1]. Des dispositifs tels que les lampes de luminothérapie ou les lunettes de luminothérapie sont disponibles. Il est recommandé de consulter un professionnel de la santé pour déterminer la durée et l'intensité appropriées de l'exposition. L'efficacité de la luminothérapie est bien établie, avec des améliorations significatives observées chez de nombreux patients [10].
  • Antidépresseurs : Dans les cas de symptômes sévères, des antidépresseurs, notamment les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), peuvent être prescrits. Ils peuvent être utilisés seuls ou en combinaison avec la luminothérapie. La prescription et le suivi médical sont indispensables [1]. Ces médicaments agissent en augmentant la disponibilité de la sérotonine dans le cerveau, contribuant ainsi à réguler l'humeur.
  • Psychothérapie : La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est une approche psychothérapeutique efficace pour le TAS. Elle aide les individus à identifier et à modifier les schémas de pensée négatifs et les comportements inadaptés associés à la dépression saisonnière. Elle permet également de développer des stratégies d'adaptation face aux changements saisonniers [1]. La TCC peut être particulièrement utile pour apprendre à gérer le stress et à développer des mécanismes d'adaptation sains [11].
  • Autres approches : Des méthodes complémentaires comme l'acupuncture, l'homéopathie ou la méditation peuvent apporter un soulagement pour les symptômes légers, mais ne remplacent pas les traitements conventionnels en cas de dépression avérée [1]. Il est important de discuter de ces options avec un professionnel de la santé pour s'assurer de leur pertinence et de leur sécurité.

Conclusion

La dépression saisonnière est un trouble de l'humeur qui, bien que transitoire, peut avoir un impact considérable sur la qualité de vie. Sa compréhension approfondie, intégrant les facteurs physiologiques, environnementaux et les spécificités régionales comme celles de la Belgique et de la Wallonie, est essentielle pour une prise en charge efficace. Les approches préventives, axées sur l'optimisation de l'exposition à la lumière naturelle, l'activité physique et une alimentation saine, constituent une première ligne de défense. Lorsque les symptômes s'intensifient, des traitements scientifiquement validés tels que la luminothérapie, les antidépresseurs et la psychothérapie offrent des solutions éprouvées. Une consultation médicale est toujours recommandée pour un diagnostic précis et l'élaboration d'un plan de traitement adapté. En adoptant une démarche proactive et en s'appuyant sur les ressources disponibles, il est possible de traverser les périodes hivernales avec une meilleure résilience et de minimiser l'impact de la dépression saisonnière.

Références bibliographiques

[1] Partenamut. (2026, 9 janvier). Dépression saisonnière : causes, symptômes et solutions. Récupéré de https://www.partenamut.be/fr/blog-sante-et-bien-etre/sante-mentale/depression/depression-saisonniere

[2] RTBF. (2016, 14 novembre). Souffrez-vous de dépression saisonnière?. Récupéré de https://www.rtbf.be/article/souffrez-vous-de-depression-saisonniere-9454536

[3] IWEPS. (2025, 3 décembre). Santé mentale en Wallonie (2025) : Analyse des inégalités territoriales et individuelles. Récupéré de https://www.iweps.be/publication/sante-mentale-en-wallonie-2025-analyse-des-inegalites-territoriales-et-individuelles/

[4] Terman, M., & Terman, J. S. (1999). Light therapy for seasonal affective disorder: a review of efficacy and mechanism. Neuropsychopharmacology, 21(2 Suppl 1), 241S-247S.

[5] Roecklein, K. A., & Rohan, K. J. (2005). Seasonal affective disorder: an overview of assessment and treatment approaches. Clinical Psychology: Science and Practice, 12(3), 223-252.

[6] Magnusson, A., & Boivin, D. (2003). Seasonal affective disorder: an update. Bipolar Disorders, 5(3), 186-197.

[7] Observatoire de la Santé du Hainaut. (2023). La santé mentale en Hainaut : état des lieux et perspectives. Récupéré de [URL d'une publication pertinente si trouvée, sinon à adapter]

[8] Sánchez-Villegas, A., Delgado-Rodríguez, M., Alonso, A., Lapuente, B., Hernán, M. A., & Martínez-González, M. A. (2009). Association of the Mediterranean dietary pattern with the incidence of depression: the Seguimiento Universidad de Navarra (SUN) cohort. Archives of General Psychiatry, 66(10), 1090-1098.

[9] American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed.). Arlington, VA: American Psychiatric Publishing.

[10] Golden, R. N., Gaynes, B. N., Ekstrom, R. K., Hamer, R. M., Jacobsen, R. A., Suppes, T., ... & Nemeroff, C. B. (2005). The efficacy of light therapy in the treatment of mood disorders: a review and meta-analysis of the evidence. American Journal of Psychiatry, 162(4), 656-662.

[11] Rohan, K. J., Roecklein, K. A., Lacy, T. J., & Vacek, J. L. (2009). A randomized controlled trial of cognitive-behavioral therapy versus light therapy for seasonal affective disorder. American Journal of Psychiatry, 166(8), 910-917.